Pour un scrutin présidentiel à trois tours
Initiative citoyenne
Pour un scrutin présidentiel à trois tours
Notre Ve République a fait de l’élection au suffrage universel du Président de la République son rituel central. Les français y tiennent beaucoup, mais malheureusement ils se sentent trop souvent frustrés et même, à la limite, « trahis » par les résultats du scrutin à deux tours.
Au premier tour, c’est le « trop plein ». Au moins une dizaine de candidats et, potentiellement, bien plus, si les maires prenaient l’habitude de « se lâcher » davantage. Cette abondance est démocratique dans son principe, elle est confuse dans ses effets. Dans le bruit des petites différences et des grandes postures, les électeurs peinent à s’orienter et à distinguer ce qui comptera le plus pour l’avenir.
A l’inverse au second tour, le débat se simplifie à outrance et trop vite. Seuls les propos à l’emporte-pièce ou tronqués surnagent. Ne restent que deux noms, deux camps et un « Grand débat télévisé ». Le jour des élections, une bonne part de l'électorat ne se reconnaît pas dans le duel proposé. Elle est alors confrontée à une alternative désolante : s'abstenir ou choisir par défaut. Voter contre plutôt que voter pour. Le vote barrage remplace le vote d'adhésion. La légitimité du vainqueur en sort affaiblie.
Cette mécanique à deux tours frustre beaucoup trop de français. Elle use la démocratie.
Il existe pourtant une réponse simple, sans bouleverser nos institutions : instaurer un troisième tour.
Ainsi, le premier tour serait, tout comme aujourd’hui, le temps de la transparence et de l’ouverture à la pluralité des candidatures, en rapport avec la diversité des sensibilités et des courants d'idées qui parcourent le pays. On ne peut pas faire l’économie de ce premier tour, primaire en quelque sorte : même si le débat est inévitablement émietté à ce stade, c’est la base de la démocratie.
Pour le second tour, on retiendrait les quatre ou cinq candidats les mieux classé(e)s. Le débat gagnerait en lisibilité sans perdre en pluralisme. A ce stade, les électeurs auraient le temps de se forger leur opinion et de faire des choix éclairés, en conformité même avec la Constitution qui dispose que « les partis politiques concourent à l’expression des suffrages ».
Le second tour est donc une sorte de « demi-finale » qui rend le pouvoir de décision aux électeurs. Au lieu de subir un duel issu des débats confus du premier tour, ce sont les électeurs eux-mêmes qui pourraient composer la finale de leur choix, en « faisant monter» les deux candidats qui leur semblent les plus intéressants pour le troisième tour. Que ce soit pour départager deux offres très opposées. Ou bien au contraire pour qualifier un candidat du compromis qui, sans avoir dominé le premier tour, paraitrait capable de rassembler in fine au-delà de son camp.
Le troisième et dernier tour conserverait la clarté du face-à-face final. Mais ce face-à-face ne serait plus la conséquence accidentelle du premier tour. Il serait le fruit d'un choix mûri par les électeurs, dans le cadre du second tour. Deux candidats que les Français souhaitent départager, et non pas la figure imposée d’un duel dans lequel le chalenger peut ne devoir sa place qu’au hasard des regroupements de voix qui ont pu se faire sur sa tête dès le premier tour.
Passer de deux à trois tours n'est pas une complexification. C'est plus de transparence démocratique au début, des débats plus riches au milieu, et plus de légitimité à la fin. Personne n’aime voter par défaut, les français ont besoin d’un mode scrutin qui respecte davantage la multiplicité de leurs volontés.
Nous demandons à l’Assemblée nationale d’examiner cette proposition.
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