Pour un Politi-Score à l'élection présidentielle
Initiative citoyenne
Pour un Politi-Score à l'élection présidentielle
À une époque où la désinformation nous hante à chaque lien ouvert, chaque vidéo regardée, nourrie par les réseaux sociaux et l'IA, il devient difficile pour chaque citoyen de distinguer le fait vérifiable de la rhétorique habile. Or nous acceptons déjà, dans notre vie quotidienne, des repères simples et transparents : avec le Nutri-Score, un logo en couleur nous aide, en quelques secondes, à comparer la qualité nutritionnelle de deux produits avant de les acheter. Pourquoi ne pas accorder la même exigence de lisibilité à ce qui décide de notre avenir collectif ?
À l'approche de la prochaine élection présidentielle, nous demandons l'ouverture d'un débat public et l'adoption d'une législation instaurant un « Politi-Score » : un indicateur harmonisé et indépendant, basé sur un système d'évaluation à cinq niveaux (de A, vert, à E, rouge foncé) conçu pour mesurer la fiabilité factuelle des déclarations publiques d'une personnalité politique candidate à l'élection présidentielle, ainsi que de toute personnalité politique affiliée au même parti ou mouvement et qui milite en faveur de ce candidat.
*** Comment cela fonctionne
Chaque personnalité politique se voit attribuer une note de A (déclarations très fiables) à E (nombreuses affirmations erronées ou trompeuses), calculée à partir de trois dimensions pondérées : la part de déclarations factuellement exactes, la fréquence des affirmations invérifiables ou trompeuses par omission, et la rapidité avec laquelle les erreurs sont corrigées une fois signalées. L'évaluation s'appuierait sur des bases de données de vérification des faits, tenues à jour en continu et rendues publiques.
*** Les arguments en sa faveur
- Il répond à un besoin de lisibilité. Le citoyen moyen n'a ni le temps ni les moyens de vérifier chaque affirmation d'un homme ou d'une femme politique. Un indicateur synthétique, consultable en quelques secondes, restitue une information aujourd'hui dispersée entre des dizaines de fact-checkers.
- Il corrige un biais de communication. Les équipes de communication savent distiller des formulations « vraies » mais trompeuses. Un score harmonisé limite ces effets de rhétorique et rend plus facilement identifiables ceux qui reviennent sans crier gare sur leurs dires.
- Un effet incitatif. Si les déclarations publiques influaient directement sur une note publique, les personnalités politiques auraient alors un intérêt concret à vérifier leurs chiffres avant de s'exprimer — un levier indirect d'amélioration du débat public.
- Un garde-fou sur les chiffres brandis en débat. Les statistiques (chômage, sécurité, dépenses publiques) sont souvent mobilisées de façon approximative en campagne, et parfois issues de sources douteuses. Un système de vérification systématique limite les approximations sur les sujets les plus déterminants du vote.
*** Les limites à connaître
Mentionnons aussi, en toute honnêteté, les limites de ce système :
- La véracité n'est pas toujours binaire : une promesse, une prévision ou un jugement de valeur ne peut être traité comme un fait vérifiable sans introduction de biais dans l'évaluation elle-même. Le système de note graduée permet d'atténuer en partie ces cas, en reflétant la nuance plutôt qu'un verdict binaire.
- Le choix des faits vérifiés introduit un biais de sélection : quels sujets retenir, quels angles, quelles périodes ? L'agrégateur lui-même devient un enjeu de pouvoir. Cet écueil peut être atténué par la pluralité des profils au sein de l'organisme de vérification et par un consensus clair sur les sources jugées fiables.
- Un score agrégé ne distingue pas l'erreur de bonne foi du mensonge délibéré, alors que cette distinction compte moralement et politiquement. Toutefois, ceci peut avoir un effet bénéfique car la possibilité d'être pris en défaut est le meilleur stimulant de la rigueur.
- Le risque de simplification : réduire un programme complet à un score unique peut masquer les nuances et les incertitudes propres à toute promesse politique.
*** En résumé
Le Politi-Score est un outil d'aide au discernement, pas un jugement moral sur une personne. Il sert à comparer la fiabilité factuelle de différents intervenants sur un même sujet, plutôt qu'à trancher définitivement sur leur valeur. Son efficacité dépend de son indépendance et de sa transparence méthodologique : c'est un repère parmi d'autres (lecture des sources, pluralité des médias) pour exercer son esprit critique.
Et que les personnalités politiques se rassurent : un mauvais Nutri-Score n'a jamais empêché quiconque d'acheter une pâte à tartiner ou de la mayonnaise. Rien ne vous empêchera donc d'être élus avec un Politi-Score E — le score n'interdit rien, il éclaire. Et qui sait ? Peut-être qu'un score bien assumé nous aidera tous à mieux nous connaître.
Partager: