Dans un monde dominé par l'hubris technologique : 1H, manifeste pour un humanisme durable et raisonné
Initiative citoyenne
Dans un monde dominé par l'hubris technologique : 1H, manifeste pour un humanisme durable et raisonné
Les GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) hier, rejoints par Nvidia et SpaceX, mais aussi par les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, et Xiaomi), aujourd’hui, continuent de prospérer sur l’affaissement de nos démocraties. Nos données personnelles sont leur premier matériau. Les géants du numérique les collectent, les instrumentalisent et les monétisent à la limite de ce qui est éthiquement acceptable, tout en entamant, tacitement, les prérogatives de l’État de droit.
Cette accumulation de données nourrit à la fois une avance stratégique dans l’IA, les neurosciences, la génomique ou la robotique, et une concentration inédite du pouvoir informationnel, ainsi qu’une influence croissante sur l’accès au savoir.
Se dessine ainsi un nouvel ordre social, où la puissance technologique des multinationales tend à prévaloir sans partage, avec pour horizon la Singularité, c’est-à-dire le dépassement irrémédiable de l’intelligence humaine par la machine.
Les figures les plus influentes du numérique sont portées par un même foisonnement intellectuel: d'abord le transhumanisme (soutenu par Google et Facebook), qui a cristallisé dans la Transhumanism Declaration de 1998, puis un projet quasi messianique, intitulé “T.E.S.C.R.E.A.L.” (Transhumanisme, Extropianisme, Singularitarisme, Cosmisme, Rationalisme, Altruisme efficace, Longtermisme). L'IA deviendrait une voie de salut, confiant à une "super-intelligence" la gestion du monde. Et ce, d'autant que l'État westphalien, la démocratie,
les Lumières émancipatrices de l'Humanité auraient fait la démonstration de leurs limites, eu égard à la faillite écologique du monde. Cette logique de maîtrise technique s'étend déjà à la programmation génétique des enfants à naître, prémices inquiétantes d'un nouvel eugénisme.
Émerge également la mouvance élitiste de la Néoréaction, ou « Dark Enlightenment », qui ne nous propose rien moins qu’une monarchie d’entreprise. Alex Karp, Elon Musk et Peter Thiel militent pour le réarmement de l’Occident ; ces capitaines d’industrie partagent un même rejet des bureaucraties et une même défiance envers les institutions académiques.
Ces pionniers contestent une certaine conception classique de la dignité humaine, comme la garantie de la citoyenneté par l’État de droit. Sam Altman en est une figure emblématique : autour d’OpenAI gravite un écosystème qui investit progressivement des fonctions régaliennes — identité numérique avec World ID, monnaie avec Worldcoin, énergie avec Helion, longévité et santé avec Retro Biosciences. Cette orientation de moyen-long terme est "dopée" par l'addiction de nos sociétés à l'IA. Depuis ChatGPT et ses homologues, les usages de l'IA se sont diffusés à une vitesse inédite. L'IA «de la langue» restructure déjà les métiers intellectuels tandis que la robotique humanoïde menace l'emploi manuel — une double rupture, plus rapide et plus globale qu'aucune révolution industrielle précédente, dans un contexte de tensions énergétiques croissantes et de pression accrue sur les ressources. Ceux qui possèdent les centrales énergétiques, les puces électroniques les plus performantes et les moyens financiers seront les maîtres du futur.
Toutes ces évolutions sont la conséquence d’une accumulation de pouvoir sans contre-pouvoir.
Il n’y a ni complot ni fatalité. À nous de bâtir nos infrastructures, de reprendre le contrôle et de réaffirmer nos standards éthiques, aujourd’hui fragilisés par ces entreprises.
“1H”, MANIFESTE POUR UN HUMANISME DURABLE ET RAISONNÉ - AOÛT 2026
Nous voulons que l’IA demeure un outil au service de l’humain, sous son contrôle plein et entier.
Nous voulons que les modèles ouverts, accessibles à tous, soient privilégiés par rapport aux modèles fermés. Des entreprises européennes, comme Mistral, ouvrent de telles voies et méritent à ce titre notre soutien indéfectible.
Le risque survient quand la concentration technique s'affranchit des mécanismes démocratiques et de toute réflexion éthique. Face à cela, la régulation reste l'outil le plus efficace: l'Europe, avec le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), le DMA (Digital Markets Act) et le DSA (Digital Services Act), et le récent AI Act (Règlement sur l’Intelligence Artificielle) a montré une capacité de tempérance ; on peut en faire un bilan circonstancié, mais il faudrait revisiter ces façons de faire œuvre politique et s’investir davantage dans l’éducation. L’Europe gagnera à s’appuyer sur le potentiel de chacun, sur les vertus cardinales qui construisent notre humanité (justice, tempérance, prudence, force d’esprit) et enfin sur la préservation inexpugnable de notre libre arbitre. Ne promouvant ni technophobie ni nostalgie, nous souhaitons voir la France et l’Europe souveraines dans ces technologies, œuvrant en faveur d’un humanisme durable et raisonné, affirmant la primauté de l'humain sur l'augmentation technique, renouvelant leurs modèles historiques.
Par contraste avec le "H+" transhumaniste, notre courant pourrait se ranger derrière le mot d'ordre "1H". Il n'existe pas de prise de position sans risque - mais il existe des silences coupables.
Le moment est venu d’assumer nos responsabilités, et d’être proactifs face à des transformations qui pourraient lourdement altérer notre civilisation.
Si, comme nous, vous souhaitez voir ces idées prévaloir, et être bien prises en considération par la Représentation Nationale, vous pouvez signer notre plateforme et appeler à la tenue urgente d’un débat en commission à l’ Assemblée Nationale. Nous nous engageons également à porter ces propositions auprès de l’ensemble des équipes de la future campagne présidentielle.
François FORESTIER, professeur des universités, biologiste
Nicolas GÉRAUD, analyste, prospectiviste
Michel IDA, scientifique
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