Pour la création d’un « projet Manhattan » français et européen de la transition écologique face au dérèglement climatique
Initiative citoyenne
Pour la création d’un « projet Manhattan » français et européen de la transition écologique face au dérèglement climatique
En septembre 2023, trente-sept scientifiques français ont proposé la création d’un « projet Manhattan de la transition écologique ».
Leur proposition partait d’un constat simple : face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité, aux tensions sur l’eau, l’énergie et les ressources, les réponses existantes demeurent insuffisantes pour développer et industrialiser assez rapidement les technologies dont nous aurons besoin.
Cette proposition ne prétend pas que la technologie remplacera la sobriété, la transformation de nos modes de vie ou les décisions politiques indispensables.
Elle vise à leur apporter un complément déterminant : une capacité scientifique et industrielle exceptionnelle, organisée autour d’une mission commune, pour faire émerger les technologies de rupture encore manquantes à la transition écologique.
Malgré l’intérêt de cette initiative et les échanges engagés avec plusieurs représentants de l’État et de la recherche, elle ne semble pas avoir débouché, à ce jour, sur la création du dispositif proposé.
Alors que de nouvelles discussions doivent avoir lieu, cette pétition vise à faire connaître cette proposition, à permettre son examen par la représentation nationale et à ouvrir un débat public sur les moyens scientifiques que la France entend consacrer à son avenir.
La France dispose de chercheurs, d’ingénieurs, d’universités, de grandes écoles, de laboratoires et d’entreprises capables de contribuer à des avancées majeures. Pourtant, ces compétences sont souvent dispersées entre des institutions, des disciplines et des programmes qui ne disposent ni des mêmes temporalités ni d’une direction commune.
Le projet proposé par les scientifiques consisterait à réunir, dans une structure autonome et temporaire, des chercheurs et des ingénieurs européens entièrement consacrés à des programmes de rupture. Ces programmes seraient orientés vers des résultats concrets : prototypes, démonstrateurs, usines pilotes et nouvelles filières industrielles décarbonées.
Il ne s’agirait d’organiser un passage accéléré entre la découverte scientifique, l’expérimentation, le pilote industriel et la création de filières.
Le projet pourrait notamment travailler sur la chimie verte, le stockage et la conversion de l’énergie, le traitement de l’eau, le recyclage, les biotechnologies environnementales ou encore la captation et la valorisation du carbone.
Une telle politique aurait une portée civilisationnelle. Elle permettrait à notre pays de ne pas seulement subir les crises climatiques à venir, mais d’investir dans sa capacité collective à les affronter.
Elle offrirait également une perspective mobilisatrice aux jeunes générations, aux scientifiques et aux ingénieurs : mettre leurs connaissances au service d’une mission d’intérêt général, d’un récit d’avenir souhaitable.
La proposition prévoit que les chercheurs et ingénieurs sélectionnés puissent être recrutés directement ou mis temporairement à disposition par leurs établissements d’origine. Pendant plusieurs années, ils seraient engagés à 100 % dans le projet, avant de pouvoir rejoindre leur laboratoire, leur université, leur école ou leur entreprise.
Le fonctionnement envisagé repose sur une forte autonomie par rapport aux organisations administratives traditionnelles. Cette autonomie ne signifierait pas une absence de contrôle : le projet devrait rendre compte de ses choix, de ses dépenses et de ses résultats devant l’État et la représentation nationale.
Les scientifiques proposent une montée en puissance progressive du dispositif. Un premier module rassemblerait une vingtaine de programmes et environ 600 chercheurs, ingénieurs et personnels d’appui. Son fonctionnement représenterait environ 150 millions d’euros par an, auxquels s’ajouteraient environ 40 millions d’euros d’installation initiale.
À terme, le projet français pourrait réunir environ 4 000 personnes et disposer d’un budget annuel de l’ordre de 1 milliard d’euros, soit environ 0,1 % du produit intérieur brut. Sa durée maximale serait de vingt-cinq ans.
Ce financement serait principalement public et philanthropique pendant les phases de recherche et de développement préindustriel. Les investissements privés interviendraient ensuite pour financer les pilotes industriels, les entreprises et les filières issues des découvertes.
Un milliard d’euros par an constitue une somme dérisoire par rapport aux enjeux, à l’urgence et aux débouchés potentiels pour une nouvelle économie.
En effet, Il ne s’agirait pas d’une dépense sans perspective de retour : les brevets, les licences, les participations publiques et les nouvelles filières industrielles pourraient contribuer à l'autonomie, à l’emploi et à la création de valeur en France et en Europe.
Nous demandons à l’Assemblée nationale :
1- d’organiser l’audition des scientifiques à l’origine de la proposition d’un projet Manhattan de la transition écologique ;
2- de mettre en place ce programme ambitieux et de le doté d’un financement pluriannuel et ouvert à la coopération européenne.
Il est impossible de garantir que toutes les recherches aboutiront. La science de rupture comporte nécessairement une part de risque et d’échec. Mais renoncer à explorer ces solutions constituerait également un choix, avec des conséquences potentiellement bien plus lourdes.
Nous avons besoin de sobriété, de justice, d’adaptation et de transformations démocratiques profondes. Nous avons aussi besoin de recherche, d’ingénierie, d’invention et d’espoir.
La France doit donner à ses scientifiques les moyens de travailler ensemble, dans la durée, pour contribuer à construire les solutions dont notre pays, l’Europe et le monde auront besoin.
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