L'abondance est finie, votre inaction aussi : Exigeons la refonte structurelle de notre modèle face au crash écologique
Initiative citoyenne
L'abondance est finie, votre inaction aussi : Exigeons la refonte structurelle de notre modèle face au crash écologique
Mesdames, Messieurs les Élus, Monsieur le Président,
Le chronomètre ne tourne plus. Nous n’en sommes plus à la veille de la crise, nous en essuyons les premiers éclats physiques. Alors que le monde brûle, nos assemblées s'enferment dans des luttes politiques stériles avec pour unique obsession la sauvegarde d'indicateurs économiques à court terme. Mais la réalité matérielle finira par s'imposer : quand notre territoire sera devenu un désert aride, la monnaie ne nous sera plus d'aucune utilité. Elle ne se boit pas, elle ne se mange pas et elle ne refroidit pas l'atmosphère.
Il faut se faire une raison, le modèle de société thermo-industrielle que nous connaissons est fini. L'affirmation présidentielle selon laquelle « l'abondance est terminée » est la seule que l'on puisse accepter. Comment ose-t-on ensuite feindre la surprise en demandant « qui aurait pu prédire ? » ? C’est le niveau zéro de l'anticipation et de la responsabilité politique. Si nous continuons à gérer l'État comme un plan de communication, seuls ceux qui en ont les moyens financiers se protégeront temporairement. Les ruraux et les classes populaires subiront de plein fouet les ruptures physiques d’un capitalisme de flux qui consume les ressources pour maintenir des profits éphémères.
En ce 10 juillet 2026, l'été commence à peine et la Côte-d'Or est déjà placée au niveau 3 pour les restrictions d'eau. Quand les nappes seront vides et que le robinet ne dégagera plus que de l’air, aucun numéro vert, aucune subvention ne réinjectera d'eau dans le système. Allez-vous détourner des aqueducs chez nos voisins et appauvrir des populations qui meurent déjà de soif pour maintenir notre confort ? Est-ce cela, le projet du pays des Lumières ? Si certains rétorquent que ce constat manque de données, invitez Jean-Marc Jancovici dans l'hémicycle ; il se fera un plaisir de vous exposer les équations thermodynamiques qui valident ce crash annoncé depuis quarante ans.
La France subit un effondrement multi-systémique. Nos sols sont asphyxiés par l'artificialisation brute, favorisée par le recul électoraliste sur l'application de la loi ZAN. Sous la pression de syndicats intensivistes, vous votez des lois rétrogrades autorisant le recul sur la protection des zones humides et l’arrachage des haies, véritables remparts contre le dessèchement des terres. Nos massifs forestiers dépérissent, nos cours d'eau saturent sous les pollutions chimiques et les microplastiques issus d’une pétrochimie qui refuse de revoir l'Analyse de Cycle de Vie de ses produits.
Pour quiconque analyse des systèmes industriels, votre amateurisme est flagrant. L'électrification massive ne se résume pas à remplacer un composant par un autre : c'est le modèle entier qu'il faut reconstruire. On ne pilote pas une production sans la densité énergétique du fossile. Le passage à l'électrique impose de repenser l'approvisionnement en temps réel, de lisser les pointes, de standardiser le recyclage des composants lourds et de transformer la formation des opérateurs. Ce que vous proposez n'est qu'une goutte d'eau. Il ne s'agit pas de prôner un retour à l'âge de pierre, comme les caricatures opportunistes du Rassemblement National aiment à le dire, mais gouvernement et oppositions partagez le même panier de l'inaction.
Sans une mise à niveau immédiate de nos réseaux de distribution nationaux (lignes, transformateurs), vos plans d'électrification mèneront au black-out. Vos injonctions sont contradictoires : vous décrétez des ZFE qui excluent les plus précaires, tout en coupant les budgets des communes, le Fonds Vert et le Plan Vélo. S’il y a autant de voitures, c’est parce que l’infrastructure a été conçue pour elles. Injecter des centaines de millions dans l'autoroute A69 pour gagner dix minutes est un scandale de gestion. Avec le coût d'un seul kilomètre d'asphalte, la physique permet de concevoir 40 à 100 kilomètres de voies cyclables continues et sécurisées pour relier nos villages ruraux aux gares.
Qu'attendez-vous pour transformer le Forfait Mobilités Durables en outil de masse indexé sur la légèreté du vecteur (vélo, vélomobile, trike) ? Pourquoi ce conservatisme managérial qui refuse d'imposer le télétravail pour les postes qui le permettent, pendant que des data centers surconsomment notre eau pour faire tourner des intelligences artificielles génératives inutiles au monde réel ? Pourquoi le problème de l'isolation est-il ignoré sous l'angle du confort d'été ? Nos hivers se radoucissent, et lors des canicules, une conception thermique sans inertie emprisonne la chaleur la nuit, transformant les logements en bouilloires invivables.
On ne pilote pas la trajectoire carbone d'une nation avec des budgets volatils modifiés tous les douze mois par Bercy. En 2026, 436 milliards d'euros sont sanctuarisés pour l'armée, 211 milliards d'aides annuelles sont versés aux entreprises sans contrepartie écologique, contre à peine 40 milliards pour la mission écologie. Où est la rationalité ? Pourquoi le Crédit d'Impôt Recherche subventionne-t-il encore le superflu plutôt que la robustesse mécanique et la réparabilité ? D’un trait de plume, vous pourriez interdire les suremballages marketing. Pourquoi accepter le gâchis des marchés publics et les surfacturations du privé plutôt que de renationaliser les secteurs stratégiques des travaux publics et des réseaux d'énergie ? Pourquoi tolérer l'inertie administrative, comme les circuits itératifs des Architectes des Bâtiments de France qui bloquent les installations de rénovation thermique ?
Je parle en mon nom propre, fort de mon quotidien d'ingénieur, d'habitant du monde rural et de père de famille. Je parcours mes 30 kilomètres aller-retour à vélo pour aller travailler. Je ne cherche pas à imposer le tout-vélo ; chacun fait face à ses contraintes. Mais une part considérable de citoyens pourrait franchir le pas si la sécurité était assurée. Je le fais pour prouver matériellement que la rupture est possible. Je le fais l'hiver dans la boue, mais aussi sous cette canicule de plomb. Je vous invite formellement à venir me suivre en ce mois de juillet sous 40 °C à l'ombre. Venez mesurer l'état de nos chemins communaux craquelés où la terre meurt sous le goudron qui fond, et comprendre physiquement le stress thermique des travailleurs de première ligne. C'est là que vous verrez à quel point vos textes de loi sont déconnectés du sol.
Quand je regarde mes enfants, je me pose avec effroi la même question : quel monde leur laisse-t-on ? Tout s'effondre sous le poids de vos renoncements. Ce courrier sera peut-être ignoré ou qualifié d'« éco-terrorisme », mais face aux faits, force est de constater que ceux qui sonnaient le tocsin avaient raison. Plus la transition sera retardée, plus le réveil collectif sera brutal. En période de crise majeure, une population déstabilisée cherche un bouc émissaire. Si vous voulez éviter d'être désignés demain comme les responsables historiques de cette faillite climatique, agissez immédiatement. Prenez acte de cette réalité et engagez enfin les réformes de structure nécessaires, vous qui êtes toujours enclins à demander des efforts aux citoyens.
La politique n'est pas une carrière, c'est un service que l'on rend au pays. Il est temps d'admettre votre faillite, de céder la place et de laisser les forces vives réparer ces erreurs de trajectoire. Prenez vos responsabilités, assumez votre bilan et laissez-nous agir.
Un habitant du monde rural, ingénieur et père de famille, qui refuse de capituler devant votre aveuglement.
P.S : Ce texte initial était bien plus long, mais la plateforme bloque sa publication. Il est regrettable de ne pouvoir exprimer clairement l’entièreté d’une pensée systémique à cause de contraintes de caractères arbitraires, alors qu'un tel stockage ne coûte rien à l'État...
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