Urgence climatique : 110 km/h sur autoroute, c'est 1,45 million de tonnes de CO₂ en moins chaque année
Initiative citoyenne
Urgence climatique : 110 km/h sur autoroute, c'est 1,45 million de tonnes de CO₂ en moins chaque année
La France est confrontée à une intensification des épisodes de fortes chaleurs liés au changement climatique. Ces vagues de canicules, de plus en plus précoces et répétées, affectent désormais profondément la vie quotidienne. Comme l'a souligné la climatologue Françoise Vimeux, directrice de recherche à l'IRD, « on est en train de vivre l'été le plus froid du reste de notre vie » si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas rapidement. Cette perspective souligne l'urgence d'agir dès aujourd'hui sur tous les leviers permettant de réduire les émissions de CO₂.
La multiplication de ces épisodes de chaleur extrême a désormais des conséquences mesurables sur la santé publique, les infrastructures et l'environnement (surmortalité, saturation des urgences, vulnérabilité des EHPAD et des écoles, perturbations des transports et des réseaux électriques, pertes agricoles, feux de forêt, orages plus violents avec pluies intenses, grêle et rafales destructrices). L'ensemble de ces conséquences montre que le changement climatique n'est plus une projection future, mais une réalité concrète pour l'ensemble de la société française.
Dans ce contexte, il est nécessaire d’agir sur tous les leviers disponibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le secteur des transports représente environ un tiers des émissions de CO₂ en France selon le service des données et études statistiques des ministères chargés de l’environnement, de l’énergie, de la construction, du logement et des transports (SDES). Au sein de ce secteur, le transport routier est largement dominant, et les voitures particulières en constituent la principale source d’émissions, devant les poids lourds et les véhicules utilitaires. Les déplacements sur autoroute contribuent fortement aux émissions des trajets longue distance en raison des vitesses élevées.
Sur autoroute, la vitesse est le principal facteur de consommation d'énergie une fois le véhicule lancé. Au-delà de 100 km/h, la résistance de l'air devient prépondérante et la consommation augmente rapidement avec la vitesse. Cette relation physique explique qu'une réduction de la vitesse maximale de 130 à 110 km/h diminue la consommation de carburant des véhicules thermiques ainsi que la consommation d'électricité des véhicules électriques, entraînant une baisse des émissions de CO₂ et une augmentation de l'autonomie des véhicules électriques.
Selon les chiffres de l’Association des Sociétés Françaises d’Autoroutes (ASFA), qui regroupe les principaux concessionnaires d’autoroutes, plus de 100 milliards de kilomètres sont parcourus chaque année sur les seules autoroutes concédées ce qui illustre l'importance du trafic autoroutier en France. À cette échelle, une économie de carburant qui peut paraître modeste à l'échelle d'un trajet individuel se traduit par une réduction très importante des émissions de CO₂ à l'échelle nationale. C’est ainsi que selon une étude du Commissariat général au développement durable (CGDD), l'abaissement de la vitesse maximale sur autoroute de 130 à 110 km/h permettrait d'éviter environ 1,45 million de tonnes de CO₂ par an, soit l'équivalent des émissions de 725 000 à 900 000 vols aller-retour Paris-New York.
L'impact sur le temps de parcours reste limité. Pour la distance moyenne d’un trajet sur autoroute évalué à 59.2 km (source ASFA) le passage de 130 à 110 km/h allonge le temps de trajet d'environ cinq minutes. Pour la grande majorité des usagers, le temps supplémentaire resterait donc très modeste au regard du bénéfice collectif obtenu en matière de réduction des émissions de CO₂.
De nombreux pays à travers le monde ont déjà adopté des limitations de vitesse inférieures à 130 km/h sur autoroute. La France fait aujourd'hui partie des rares pays à conserver une limitation générale à ce niveau. Cette évolution serait pleinement cohérente avec les engagements climatiques pris par la France dans le cadre de l'Accord de Paris.
Face à l’urgence climatique, la France ne peut plus se priver de mesures simples, immédiatement applicables et efficaces. La réduction de la vitesse maximale sur autoroute diminue les émissions de gaz à effet de serre, réduit la consommation d’énergie et la pollution liée au trafic routier, améliore la sécurité routière et ne nécessite aucun investissement public. Nous demandons d'engager sans délai la modification de la réglementation afin d'abaisser la vitesse maximale autorisée sur autoroute de 130 à 110 km/h.
Sources
• SDES, Chiffres clés des transports - Édition 2026, Avril 2026.
• ASFA : Chiffres clés de 2025.
• CGDD, Réduction des vitesses sur les routes analyse coûts bénéfices, Mars 2018.
• Direction générale de l’aviation civile.
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