Appel du 18 Joint 1976–2026 : 50 ans de lutte contre l’hypocrisie
Initiative citoyenne
Appel du 18 Joint 1976–2026 : 50 ans de lutte contre l’hypocrisie
Appel du 18 Joint 1976–2026 : 50 ans de lutte contre l’hypocrisie
Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants : ces substances font partie de notre quotidien, banalisées, tolérées, parfois même valorisées.
En revanche, un simple joint de cannabis, ou quelle que soit sa forme (herbe, haschich, huile…), peut encore aujourd’hui vous conduire en garde à vue, devant un tribunal, en prison ou dans un parcours médical imposé. Il peut vous obliger à suivre un stage de sensibilisation aux conduites addictives, voire vous exposer à la dernière innovation répressive : l’Amende Forfaitaire Délictuelle (AFD).
Présentée comme une mesure de simplification et de désengorgement, l’AFD marque en réalité une étape supplémentaire dans le durcissement de la politique répressive à l’encontre des simples consommateurs. Et ce, en complément des tests salivaires routiers, dont les résultats parfois contestables brisent des vies.
Depuis 1976, de nombreuses études scientifiques sérieuses ont établi que le cannabis crée moins de dépendance physique que l’alcool ou le tabac, qu’il est globalement moins problématique que la cigarette, et qu’il possède, contrairement à l’éthanol (qui n’a qu’un usage antiseptique), des vertus thérapeutiques reconnues.
Que savons-nous réellement de notre système endocannabinoïde, découvert en 1994 ? Que savons-nous des 144 phytocannabinoïdes identifiés dans la plante ? Connaissons-nous suffisamment les interactions entre CBD et Δ9-THC pour évaluer rationnellement ses effets ?
Dans la France de Charlie, de Rabelais ou de Descartes, l’interdiction de présenter l’usage du cannabis sous un jour favorable ressemble moins à une politique sanitaire qu’à une forme d’obscurantisme.
La désinformation a nourri une guerre contre les consommateurs, utilisée comme écran de fumée pour masquer les échecs d’un demi-siècle de prohibition.
En 50 ans, la politique du tout-répressif n’a produit que des catastrophes
- Plusieurs millions de personnes interpellées, et des centaines de milliers incarcérées.
- Quatre générations de vies brisées pour quelques grammes ou quelques plants.
- Une répression injuste et ciblée, touchant prioritairement les jeunes, les milieux populaires, les personnes issues de l’immigration, les étrangers, les marginaux, les sans-domicile, les nomades.
- Une dynamique absurde poussant une partie de la jeunesse vers des produits sans intérêt, souvent frelatés, parfois dangereux : herbes recomposées aspergées de néocannabinoïdes, substances dont les effets à long terme restent largement inconnus.
Où est passé le plaisir simple, l’emballement joyeux, la récréation régénérative, le soulagement, l’effet pacificateur, l’envie collective, la danse des sens ?
Comme pour d’autres plantes et leurs dérivés, le système prohibitionniste et mercantile a fini par empoisonner les usagers avec des produits transformés à l’extrême, plus accessibles aux plus précaires… et plus nocifs.
Pendant ce temps, l’herbe « à l’ancienne », celle du dawamesk des Haschischins, celle aimée de Louis Armstrong, Bob Marley, Fela, Snoop Dogg, Booba et tant d’autres, demeure pourvoyeuse de bien-être, de sociabilité et de créativité.
Le cannabis est français, aussi
Avis à la population française : bien avant les Gaulois, le Cannabis sativa L. était cultivé sur notre territoire. Son histoire s’inscrit dans celle des campagnes, des fibres textiles, des usages médicinaux et populaires. Son empreinte culturelle se retrouve jusque dans notre géographie : de la Canebière à Chenôve, de Chenevière-sur-Marne aux territoires colonisés.
Même les mots qui le désignent racontent une histoire interculturelle :
« cannabis » vient du grec, « haschisch » de l’arabe, « marijuana » de l’espagnol, « ganja » du sanskrit.
Pendant que le monde avance, la France s’enferme
Depuis 50 ans, malgré l’évolution des lois ailleurs ( Afrique du Sud, Allemagne, Canada, Malte, Portugal, Thaïlande, République tchèque, Uruguay, et dans la majorité des États américains), la France persiste dans une politique fondée sur des mythes : la théorie de l’escalade, le fantasme de « l’interdit protecteur », l’utopie délirante d’une éradication totale de la demande et donc de l’offre.
Le résultat est connu : le marché noir prospère, les organisations criminelles s’enrichissent, la corruption s’installe, la violence augmente.
Cette stratégie de statu quo a également créé les conditions idéales pour l’émergence des Nouveaux Produits de Synthèse (NPS), notamment les néocannabinoïdes, capables de mimer les effets du THC avec une puissance bien supérieure. Ces molécules, qui auraient dû rester dans le domaine de la recherche médicale, circulent aujourd’hui dans la rue, sans contrôle.
Et pendant que l’État s’acharne sur le cannabis, le marché de la cocaïne explose. Malgré la multiplication des opérations « places nettes XXL », le nombre d’usagers de cocaïne est passé de 600 000 en 2022 à 1,1 million en 2023, soit une hausse de plus de 80 % en un an. Cette drogue provoque des dégâts sanitaires majeurs notamment via sa transformation en free-base/crack et contribue à l’augmentation des violences liées au trafic.
La prohibition n’a pas seulement échoué : elle a déplacé le problème, aggravé les risques, et enrichi les criminels.
La prohibition est un échec politique, social et sanitaire
- Elle ne freine pas la consommation.
- Elle ne fait pas augmenter les prix.
- Elle ne protège pas les jeunes.
- Elle renforce le trafic.
- Elle criminalise des millions de citoyens ordinaires.
1976, 2006, 2026 : nous sommes toujours là
Comme en 1976, puis en 2006, et aujourd’hui en 2026, nous réaffirmons dans cet Appel du 18 Joint que nous sommes des centaines de milliers à consommer du cannabis quotidiennement, et des millions à l’avoir fait occasionnellement.
Nous réaffirmons que le bon usage consiste à le vaporiser ou à l’ingérer plutôt qu’à le fumer, et à le cultiver pour en maîtriser la qualité.
Dans les journaux, les lycées, les facultés, les usines, les ministères, les casernes, les concerts, les congrès politiques, à domicile, dans la rue, dans les hôpitaux, dans les prisons : partout, le cannabis est présent.
Aux côtés des consommateurs et consommatrices, nous refusons désormais la peur et la honte.
Nous l’assumons publiquement : nous revendiquons un usage adulte, non médical, du cannabis.
Nous demandons :
- La légalisation du cannabis, incluant l’usage, la détention et l’autoproduction.
- La dépénalisation de l’usage de toutes les drogues et la fin immédiate de la répression arbitraire des personnes qui consomment des substances psychoactives.
- L’ouverture de centres d’information objectifs, dédiés à la prévention, à la réduction des risques et des dommages (RDR), pour toutes les substances.
Ce n’est évidemment pas un appel à la consommation mais un appel à la raison.
Un appel à réguler les marchés des stupéfiants, en commençant par le Cannabis sativa L., sur la base d’arguments rationnels, d’une approche pragmatique et innovante.
C’est un appel à sortir du mensonge et de l’hypocrisie. À sortir d’une situation absurde et d’une violence d’État que la loi du 31 décembre 1970 a installée dans notre société comme un poison.
Il y a urgence à trouver un remède aux crises qui pèsent sur notre pays.
Et il est temps de faire la paix avec les drogues.
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