Transformer l’éducation pour transformer le monde Pour la reconnaissance de l’éducation au développement durable et la refonte de la gouvernance
Initiative citoyenne
Transformer l’éducation pour transformer le monde Pour la reconnaissance de l’éducation au développement durable et la refonte de la gouvernance
Le 4 novembre 2015 était adopté à Paris, par 184 états membres de l’UNESCO, le Cadre d’action Éducation 2030 visant à « transformer la vie grâce à l’éducation ». Cette Stratégie Éducation 2030 était porteuse d’une nouvelle vision pour l’éducation reconnue comme vecteur principal du développement et de la réalisation des objectifs de développement durable. Les objectifs ambitieux visaient à promouvoir l’éducation au développement durable - envisagée au sens large - incluant la lutte contre la pauvreté, contre la faim, contre les inégalités, contre le réchauffement climatique et des orientations significatives pour la protection de la biodiversité terrestre et maritime, pour des consommations et des productions responsables, pour des villes durables, pour des institutions justes et efficaces.
En 2017, dans le prolongement de cette démarche, l’UNESCO avait proposé un référentiel comprenant 255 objectifs d’apprentissage pour l’éducation au développement durable. Ce référentiel couvre tous les niveaux d’apprentissage, de l’enseignement primaire au supérieur et repose sur un volume d’heures estimé entre 600 et 800 heures sur l’ensemble de la scolarité, ce qui représente une à deux heures par semaine par élève.
En 2020, constatant que l’éducation au développement durable tardait à se mettre en œuvre dans les systèmes éducatifs, l’UNESCO avait proposé une feuille de route précisant comment les différentes parties prenantes à l’éducation pouvaient s’approprier la démarche.
En 2022, un sommet sur la transformation de l'éducation s’est tenu au siège des Nations-Unies à New York. Ce sommet a été organisé en réponse à une crise mondiale de l’éducation : crise d’équité et d’inclusion, mais aussi crise de qualité et de pertinence. Il a confirmé que l'éducation doit être transformée pour répondre à la crise climatique et environnementale mondiale. Il s’agit de « Transformer l’éducation pour transformer le monde ». Pour l’ONU, « le Sommet offre une occasion unique d’attribuer la priorité à l’éducation dans l'agenda politique mondial et de mobiliser l'action, l'ambition, la solidarité […], ainsi que pour semer les graines de la transformation de l'éducation dans un monde en évolution rapide ». Une des initiatives majeures issues de ce sommet est le lancement du « Partenariat pour une éducation verte » structuré autour des quatre piliers de l’éducation transformative : rendre les écoles vertes, rendre verts les programmes scolaires, adapter la formation des enseignants et les capacités des systèmes éducatifs et développer des communautés vertes. Pour ce faire, l’UNESCO, en tant que chef de file au niveau mondial pour l’éducation au développement durable, a élaboré en 2024 les Normes de qualité des écoles vertes, avec pour objectif de transformer au moins 50 % des écoles, collèges et lycées de chaque pays en écoles vertes d’ici à 2030. A ce jour, sur les 90 000 écoles vertes répertoriées dans le monde, seules 13 sont françaises.
Dix ans après l’adoption du Cadre d’action Éducation 2030, les objectifs d’éducation au développement durable sont-ils en passe d’être atteints ? Le système éducatif français prépare-il les élèves à relever les défis du 21ème siècle ? Apprend-il aux jeunes générations à construire le monde durable de demain ? L’éducation est-elle transformatrice ?
Le rapport remis à l’ONU par la directrice de l’UNESCO en juillet 2025 semble indiquer le contraire. Pour reprendre sa conclusion, notée en gras : « Le temps est venu de passer de systèmes éducatifs standardisés à des écosystèmes d’apprentissage dynamiques qui renforcent, encouragent et valorisent les principes suivants :
a) La création et l’apprentissage collaboratifs centrés sur l’élève : passer de l’assimilation passive de contenu à l’exploration active, à la découverte et à la compréhension ;
b) Les éducateurs en tant qu’activateurs et facilitateurs de l’apprentissage : les enseignants et les éducateurs doivent être dotés des moyens d’agir en tant que facilitateurs, afin d’aider les élèves à faire preuve de curiosité et de créativité face à la difficulté et à l’incertitude ;
c) Apprendre à se comprendre et à établir des liens : l’éducation doit aider les individus à se doter des compétences nécessaires pour se comprendre, tisser des liens avec autrui et avec la nature, en favorisant l’empathie, la collaboration et l’intelligence écologique ;
d) La nature, clé de l’éducation : la nature n’est pas une simple matière ; elle a des choses à enseigner, elle est un environnement d’apprentissage et une source d’inspiration. Il est primordial de s’instruire sur la nature, d’apprendre dans la nature, avec elle et d’elle pour comprendre le rôle de l’humain dans les systèmes régénératifs et la santé de la planète. »
En France, les autorités éducatives restent rétives à suivre les recommandations de l’UNESCO dont le siège est pourtant situé à quelques stations de métro du Ministère. Le changement de paradigme ne s’opère pas. Notre système éducatif dispose pourtant d’une richesse inouïe : la créativité de ses enseignants et de ses enseignantes qui, chaque jour, conçoivent, diffusent, partagent et mutualisent des ressources éducatives libres dont une grande majorité porte sur l’éducation au développement durable et permet de rendre l’éducation transformatrice. Le fonctionnement bureaucratique de l’éducation nationale ne doit plus être une entrave au dynamisme des enseignants, des enseignantes et des réseaux pédagogiques. Il est temps de procéder à une refonte du système de gouvernance, telle qu’elle est recommandée par les organismes internationaux : UNESCO, OCDE et Parlement européen. Il est temps d’accorder l’autonomie pédagogique au établissements scolaires, telle qu’elle est préconisée par un récent rapport des auditeurs et auditrices de l’IH2EF intitulé « Oser Agir, Leviers pour une autonomie réelle partagée et assumée ». Il est temps de faire confiance aux enseignants et aux enseignantes, de donner leur juste place aux réseaux pédagogiques et de reconnaître pleinement l’éducation au développement durable (EDD) comme objet d’apprentissage.
Par cette pétition, nous demandons la pleine et entière reconnaissance de l’EDD dans les apprentissages par un volume horaire dédié d’une heure par semaine pour tous les niveaux d’enseignement. Nous demandons une refonte du système de gouvernance permettant de sortir l’éducation de l’hyper-bureaucratisation qui l’asphyxie, en donnant le pouvoir d’agir aux acteurs de l’éducation : les enseignants et les enseignantes qui sont, chaque jour, au contact des élèves et en prise avec réalités complexes de l’éducation.
Stéphane Germain
Président de l'association TousPourEDD - Réseau francophone d'éducation au développement durable
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