Pour une semaine de 4 jours en France à l'ère de l'intelligence artificielle
Initiative citoyenne
Pour une semaine de 4 jours en France à l'ère de l'intelligence artificielle
Nous demandons la mise en place progressive de la semaine de 4 jours en France, avec pour objectif de partager les gains de productivité permis par l’automatisation et l’intelligence artificielle plutôt que de demander toujours davantage de travail aux salariés.
Depuis plusieurs décennies, les progrès technologiques ont profondément transformé notre société. Internet, l’informatique, les robots et les logiciels ont permis d’accomplir de nombreuses tâches plus rapidement et plus efficacement. Pourtant, malgré ces gains de productivité, le temps consacré au travail n’a pas diminué à la même hauteur que les progrès réalisés.
Aujourd’hui, une nouvelle transformation est en cours.
L’intelligence artificielle et les modèles de langage permettent désormais d’automatiser, d’assister ou d’accélérer une multitude de tâches intellectuelles qui étaient jusqu’ici réalisées principalement par des êtres humains : rédaction, traduction, analyse de données, programmation, recherche d’informations, traitement administratif, service client, création de contenus, synthèse de documents et bien d’autres.
Cette transformation concerne progressivement tous les secteurs et tous les niveaux de qualification. Elle ne se limite pas aux métiers spécialisés dans la technologie. À mesure que ces outils deviennent plus performants, une part croissante du travail nécessaire à la production de biens et de services peut être réalisée avec moins de temps humain.
Il serait alors paradoxal que les gains de productivité permis par ces technologies servent uniquement à produire davantage, à augmenter les profits ou à entretenir une course permanente à la compétitivité, sans jamais permettre aux citoyens de bénéficier d’un bien qui devient pourtant plus abondant : le temps.
Pendant des siècles, le progrès technique a notamment permis de réduire la quantité de travail nécessaire pour répondre aux besoins humains. Chaque révolution industrielle a permis de produire davantage avec moins de travail humain.
La question qui se pose aujourd’hui est donc simple : que faisons-nous des gains de productivité considérables que l’intelligence artificielle pourrait générer ?
Nous pouvons chercher à utiliser chaque gain de productivité pour produire toujours davantage, en maintenant, voire en augmentant, la pression exercée sur les travailleurs.
Nous pouvons aussi décider qu’une partie de ces gains doit être transformée en temps libre, en qualité de vie et en meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Nous défendons cette seconde voie.
Réduire le temps de travail ne signifie pas refuser de travailler ni renoncer à la création de richesses. Il s’agit de reconnaître qu’une société plus productive doit aussi pouvoir permettre à ses citoyens de vivre mieux.
Une journée supplémentaire de repos peut permettre de passer davantage de temps avec ses enfants, de s’occuper de ses proches, de pratiquer une activité sportive ou culturelle, de se former, de participer à la vie associative ou simplement de se reposer.
La richesse d’une société ne devrait pas uniquement se mesurer au nombre d’heures consacrées au travail ou au volume de biens et de services produits. Elle devrait également se mesurer à la qualité de vie de ceux qui la composent.
La France ne doit pas attendre que les transformations liées à l’intelligence artificielle provoquent des suppressions d’emplois ou une intensification du travail avant de réfléchir au partage de ses bénéfices.
Si l’IA permet demain de réaliser en quatre jours ce qui nécessitait auparavant cinq jours de travail, la question ne devrait pas être uniquement de savoir comment produire encore davantage. Elle devrait également être de savoir comment partager ce progrès.
La réduction du temps de travail constitue l’une des réponses possibles.
Des expérimentations menées dans différents pays et entreprises ont déjà montré qu’une réduction du temps de travail pouvait être compatible avec une organisation efficace, une bonne productivité et une meilleure qualité de vie au travail. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une utopie, mais d’une évolution qui mérite d’être expérimentée et évaluée à grande échelle.
L’intelligence artificielle créera certainement de nouveaux métiers et de nouvelles activités. Mais elle va également transformer profondément des métiers existants et automatiser une partie importante des tâches qui occupent aujourd’hui le temps de travail.
Il serait donc dangereux de considérer que chaque emploi supprimé sera automatiquement remplacé par un emploi équivalent.
Notre société doit réfléchir dès maintenant à la manière dont nous souhaitons répartir le travail et les richesses dans cette nouvelle économie.
Si la technologie permet de faire davantage avec moins de travail humain, alors le progrès doit aussi bénéficier aux travailleurs eux-mêmes.
La réduction du temps de travail peut contribuer à mieux répartir le travail disponible, à préserver l’emploi, à limiter l’épuisement professionnel et à faire bénéficier l’ensemble de la population des gains de productivité.
Nous demandons donc aux pouvoirs publics d’engager un véritable débat national sur la réduction du temps de travail et de mettre en place une trajectoire vers la semaine de 4 jours.
Cette évolution pourrait notamment passer par une expérimentation à grande échelle de la semaine de 4 jours, suivie d’une évaluation de ses effets sur la productivité, l’emploi, les salaires, la santé et la qualité de vie. Les entreprises qui souhaitent réduire le temps de travail sans perte de salaire devraient également pouvoir être accompagnées. Les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle pourraient être pris en compte dans les futures négociations sur le temps de travail, dans le cadre d’un dialogue social permettant d’adapter les modalités aux différents secteurs d’activité.
Il ne s’agit pas d’opposer les salariés aux entreprises ni de considérer l’intelligence artificielle comme une menace en soi.
Il s’agit de faire un choix de société.
Nous pouvons utiliser l’IA pour travailler toujours plus. Nous pouvons aussi l’utiliser pour travailler mieux et vivre davantage.
Après des siècles de progrès technologique, il est temps que les gains de productivité se traduisent aussi par un gain de temps pour les êtres humains.
Pour une France qui transforme le progrès technologique en progrès social.
Pour une meilleure répartition des gains de productivité.
Pour une société où le temps libre devient lui aussi une richesse.
Pour la semaine de 4 jours.
Nous appelons les citoyens, les salariés, les entreprises et les pouvoirs publics à soutenir cette évolution et à ouvrir dès aujourd’hui le débat sur la réduction du temps de travail à l’ère de l’intelligence artificielle.
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