Éoliennes en mer : refusons que le vivant soit le dommage collatéral de la transition énergétique.
Initiative citoyenne
Éoliennes en mer : refusons que le vivant soit le dommage collatéral de la transition énergétique.
Sea Shepherd France demande un moratoire sur les projets de centrales éoliennes en mer et leurs infrastructures de raccordement, tant que des garanties suffisantes ne sont pas mises en place pour intégrer pleinement la protection de la biodiversité dans la planification maritime.
Avec l’un des plus vastes espaces maritimes au monde et une présence dans tous les océans, la France porte une responsabilité majeure dans la protection de la biodiversité marine.
L'océan est notre meilleur allié face au dérèglement climatique. Mais il est avant tout un écosystème vivant. Le long de nos côtes se trouvent des zones essentielles où de nombreuses espèces viennent se nourrir, se reproduire, se reposer ou migrer. Or, c’est précisément dans ces espaces écologiquement déterminants que la France prévoit aujourd’hui le développement massif de parcs éoliens industriels.
La lutte contre le dérèglement climatique est une urgence. La protection de la biodiversité en est une autre. L’une ne peut pas se faire au détriment de l’autre.
Présenté comme une énergie « verte », l’éolien en mer n’est pourtant pas sans effets sur le vivant. Son développement empiète sur des axes de migration d’oiseaux, avec des risques de collision, d’effet barrière et de perte de zones essentielles pour se nourrir ou se reposer. Sous l’eau, les câbles et les systèmes d’ancrage viennent perturber des écosystèmes qui ont parfois mis des siècles à se former. Ils menacent aussi des herbiers, refuges et nurseries pour de nombreuses espèces. La pollution sonore générée par les travaux et les installations perturbe également les mammifères marins, qui dépendent du son pour communiquer, s’orienter et se nourrir.
Certains de ces dommages sont irréversibles et ne peuvent pas être compensés. Un habitat formé au fil des siècles ou une zone essentielle à la survie d’une espèce ne se recrée pas ailleurs.
Les alertes scientifiques existent. Elles doivent guider les décisions.
Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) alerte depuis plusieurs années sur les conséquences du développement de l’éolien en mer pour la biodiversité. Dès 2021, il demandait que les connaissances scientifiques soient acquises « avant le choix des zones et non pas après » et estimait que concilier les objectifs de développement de l’éolien offshore avec celui de zéro perte nette de biodiversité paraissait difficile, voire impossible, au regard des connaissances et des moyens techniques disponibles. En 2025, il déplore le peu de prise en compte de ses recommandations et constate que des nouvelles zones prioritaires ont été établies sans attendre les conclusions de programmes scientifiques pourtant financés par l’État.
Le problème est là : des zones sont choisies et des projets attribués avant que leurs conséquences sur le vivant soient suffisamment connues. Pendant ce temps, l’industrialisation des façades maritimes s’accélère. Les centrales de Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp et des îles d’Yeu et de Noirmoutier sont déjà en service. D’autres projets sont en construction, autorisés, attribués ou planifiés en Manche, dans l’Atlantique et en Méditerranée.
Le principe devrait pourtant être simple : avant de décider où construire, il faut savoir où ne pas construire. La biodiversité doit guider le choix des zones dès le début de la planification, avant l’attribution des projets. Elle ne peut pas être prise en compte une fois les décisions engagées, dans le seul but d’en réduire ou d’en compenser les conséquences. Lorsque les connaissances sont insuffisantes ou qu’une zone présente des enjeux majeurs pour des espèces ou des habitats vulnérables, éviter doit réellement signifier ne pas construire.
Nous exigeons un moratoire. Tous les projets dont les travaux irréversibles n’ont pas commencé doivent être réexaminés. Nous demandons la suspension des nouveaux projets et des travaux irréversibles jusqu’à ce que les garanties suivantes soient réunies :
1. Faire de la biodiversité un critère prioritaire dans le choix des zones d’implantation. Garantir l’évitement dès la planification en excluant avant l’attribution des projets, les zones présentant les plus forts enjeux écologiques, les principales zones de reproduction, d’alimentation et de migration ainsi que les aires marines protégées du développement éolien, où les impacts ne sont pas compensables. Des seuils maximaux de perturbation des populations et des écosystèmes doivent être définis scientifiquement.
2. Réaliser un inventaire scientifique indépendant des zones sensibles avant toute nouvelle planification. L’État doit disposer d’une cartographie suffisamment précise des enjeux pour les oiseaux, les mammifères marins et leurs habitats avant de décider de l’emplacement de nouvelles centrales.
3. Garantir l’indépendance des études environnementales. Les bureaux d’études doivent disposer de garanties d’indépendance dans leur sélection, leur financement et la publication de leurs résultats.
4. Rendre l’avis scientifique obligatoire, public et juridiquement contraignant. Lorsque les connaissances ne permettent pas d’écarter un risque grave ou irréversible, le principe de précaution doit s’appliquer et la zone doit être abandonnée.
5. Rendre publiques toutes les données environnementales. Protocoles, données brutes, analyses et résultats doivent être accessibles aux scientifiques, aux associations et aux citoyens tout au long de leur acquisition.
6. Imposer une réduction ambitieuse des impacts. Prévoir le bridage des éoliennes couplé à des modèles d'activité migratoire des oiseaux et des mesures contraignantes de réduction du bruit sous-marin.
7. Évaluer systématiquement les effets cumulés. Pour chaque projet, même hors des zones les plus sensibles, prendre en compte les effets cumulés des autres parcs et des raccordements y compris à l’étranger pour les espèces migratrices, sur l’ensemble de leurs parcours. Ces mesures doivent s’ajouter aux obligations publiques existantes.
8. Des mesures compensatoires réfléchies de manière beaucoup plus ambitieuses et anticipées, par l'État, pouvant permettre un ensemble cohérent de mesures pour plusieurs projets éoliens et non une approche compartimentée projet par projet. Ces mesures ne doivent pas se substituer à l'action publique déjà rendue nécessaire par les réglementations et directives nationales et européennes. Une planification de zones de protection fortes dans laquelle toute exploitation et prélèvement seront interdit doivent être prévues et planifier pour compenser dès aujourd'hui les conséquences des pertes d'habitat et des mortalités causées par les éoliennes offshore.
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